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    Face au déclin accéléré de la biodiversité, la notion de services écosystémiques est promue comme fer de lance d’une nouvelle stratégie de conservation et d’utilisation durable de l’environnement. Médiatisée par le Millenium Ecosystem Assessment en 2005, elle suscite un engouement grandissant auprès des chercheurs, des décideurs et des investisseurs, et s’accompagne d’un soutien politique prépondérant en faveur de l’évaluation économique des services écosystémiques et d’une ingénierie écologique compétitive. Or, cette visée oublie les racines de l’expression métaphorique de services destinée à renforcer l’intérêt sociétal en faveur de l’environnement et la diversité biologique, et dissimule la pluralité de ses dimensions. En l’absence d’une définition stabilisée de la notion de services et du registre d’incertitude dans lequel elle situe, ce choix politique occulte les tensions et controverses scientifiques concernant son objet, ses champs d’expression, son contexte et cadre normatif spatio-temporel.

    A l’instar du développement durable ou de la biodiversité, la notion de services écosystémiques s’insère dans la lignée de ces concepts hybrides à l’origine d’une pluralité de questionnements mettant en relation sciences, normes et pratiques d’acteurs et soulève de vives confrontations idéologiques qu’il importe de rendre visibles. Victime d’une diffusion tout azimut, le concept de services écosystémiques et, dans son sillage, celui de paiements pour services environnementaux, suscitent des analyses contrastées oscillant entre des appréciations très réservées, voire négatives, et des prises de position plus nuancées, voire enthousiastes. Pour certains, il contribuerait à la construction d’une vision dynamique des interactions Hommes et Milieux fondée sur un renouvellement des responsabilités, vecteur d’équité, de protection élevée de l’environnement et d’économie verte. Pour d’autres, il permettrait de renforcer et d’accélérer le processus de réification et de marchandisation du vivant au nom d’une conception des relations humaines et des socio-écosystèmes basée sur l’efficience et d’efficacité économique. A mi-chemin entre ces représentations antagonistes, d’autres auteurs profilent des scénarios médians adaptés au contexte naturel et sociétal des territoires et populations étudiés. De ces travaux et commentaires variés des nombreux acteurs découlent une série d’interrogations communes aux sciences du vivant et de la société.

    Deux questions méritent donc qu’on leur porte une attention particulière. D’une part, la question du champ sémantique et de la définition du concept de services écosystémiques qui constitue d’emblée une première étape des réflexions à partager et à confronter, en tenant compte du renouvellement, par le concept de services écosystémiques, de la question de la Valeur ou pour mieux des valeurs de la biodiversité. D’autre part, la question de la régulation normative et de la gouvernance aux différentes échelles du territoire (du local au global) qui occupe une place centrale dans l’évolution, voire les transformations des perceptions, des comportements des acteurs vis à vis de la biodiversité et des services écosystémiques.

    Le concept de services écosystémiques impose d’être appréhendé, apprécié et discuté délibérément dans une démarche interdisciplinaire élargie. Elle invite ainsi les acteurs, et en particulier, les chercheurs à réinterroger les interactions Homme-Milieux, et par voie de conséquence à revisiter leurs grilles d’analyse, leurs catégories conceptuelles et méthodologies opérationnelles. L’établissement d’un cadre d’analyse pluridisciplinaire critique du processus de construction de ce concept, en particulier en droit, et de ses impacts sur le plan des connaissances, des dynamiques normatives et des pratiques d’acteurs, représente une perspective très fructueuse génératrice d’interdisciplinarité créatrice.